Tradition et modernité

kodachi sepia

Je m’interroge parfois sur les raisons qui ont fait arrêter mon choix sur le kenjustsu de Miyamoto Musashi en matière d’arts martiaux. Quel intérêt finalement peut-on trouver de nos jours dans la pratique d’un art martial vieux de plus de 400 ans dont les traditions sont restées les mêmes qu’au commencement ? J’ai beau chercher, je n’ai pas encore de réponse toute prête. Bien sûr l’Histoire au sens large est une de mes passions, et l’étude que me propose Nguyen senseï me permet de la vivre au quotidien et même de la partager. Mais ce n’est pas tout, il y a sans doute autre chose, autre chose que je découvrirai certainement à mesure que je progresse sur la Voie du sabre, en restant fidèle à l’enseignement que je reçois.

shinonomeCe qu’il y a de certain, et que je constate avec le recul de quelques années, c’est que je suis devenu plus exigeant avec moi-même, tout est étant capable d’accepter les erreurs comme autant de leçons desquelles tirer un enseignement. Cette exigence se ressent dans mon écriture, d’autant plus que la gamme sur laquelle je travaille, Shayô, a pour thème un Japon imaginaire post-apocalyptique. Cette dichotomie entre tradition et modernité se ressent de la même manière dans les textes et l’ambiance que nous donnons à l’univers du jeu, ce qui renforce encore si besoin en était mon affinité avec lui. Ce que je peux constater dans mon art martial, je le constate également dans mon travail pour Shayô, pour rendre l’univers crédible il faut allier aussi harmonieusement que possible l’ancien et le nouveau. C’est pourquoi, je fais et je défais sans relâche, en relisant un paragraphe qui ne me plaît pas, je l’efface et je recommence. C’est finalement la même chose que je fais lorsque je m’entraîne seul : je note une erreur grossière dans un mouvement que j’exécute, que ce soit un manque d’énergie ou de précision, je recommence tant que je n’ai pas le sentiment d’avoir au moins en partie réglé cette erreur.

DSCN0282Finalement, suivre l’école de Musashi peut aussi être compris d’une certaine manière comme une leçon de vie. Il n’y a aucune obligation à suivre à l’extérieur les règles du dojo, mais finalement, dans un monde où tout va de plus en plus vite, où notre culture devient celle de l’immédiat, je trouve une forme de sérénité à cultiver l’étude d’un art ancestral où les notions de traditions, de politesse, de respect et d’effort sont de mise. Ces qualités je tâche de les travailler et de les faire miennes, et c’est avec plaisir que je contemple le sommet de la montagne ; peu importe le temps que ça prendra et la difficulté du chemin, avec un bon guide on finit par y planter un drapeau. Cette métaphore était vraie dans le passé, elle l’est toujours autant.

Lorsque Napoléon s’adressait à ses officiers pour leur dire que « du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent », il était certainement admiratif devant le travail de ces bâtisseurs qui ont construit des monuments avec la volonté qu’ils traversent les ans. Aujourd’hui, je vois quotidiennement le travail d’un bâtisseur dans une autre forme d’art, et je peux philosophiquement paraphraser Bonaparte en disant « du bout de ce sabre, quatre siècles vous contemplent » parce que si les architectes égyptiens sont vivants au travers des milliers de touristes qui visitent leurs œuvres,  Musashi l’est tout autant au travers la lignée continue des maîtres et des dizaines de pratiquants d’aujourd’hui.

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